Est-ce bien raisonnable de cultiver des plantes pour faire rouler nos voitures ? Et que penser de ces méthaniseurs, de plus en plus nombreux, dans lesquels fermentent nos déchets organiques pour produire du gaz ? Hugo Clément dévoile ce lundi 2 mai à 21.00 sur France 5 dans « Sur le front » la face cachée de ces industries florissantes des biocarburants et du biogaz.

Éditorial d’Hugo Clément, journaliste
Alors que nous voulons arrêter d’acheter du gaz et du pétrole de
Russie, et plus globalement de réduire notre recours aux énergies
fossiles, je me suis demandé si les biocarburants pouvaient être la
solution miracle. Sur le papier, ça paraît une excellente idée.
C’est fabriqué en France et moins polluant que le pétrole à la
sortie du pot d’échappement.
Je pensais donc que cette industrie « verte » nous ouvrirait ses
portes à bras ouverts pour nous montrer leurs innovations plus
écologiques les unes que les autres. Mais, à ma grande surprise,
ils ont tous refusé de nous recevoir. Filmer la production de
bioéthanol à partir de betteraves produites en France : impossible.
Filmer la production de biodiesel à partir de colza ? Impossible
aussi. Quant à la fabrication de carburant à base d’huiles usagées
à La Mède, près de Marseille… pareil : nous n’avons pas pu entrer.
Qu’ont-ils donc à cacher ?
Nous avons découvert que nous importons du colza du Canada et
d’Australie et qu’il s’agit très souvent de colza transgénique : il
est interdit d’en planter en France, mais il est possible de
l’importer sous prétexte qu’on le transformera en biodiesel. Pour
fabriquer nos carburants « verts », nous faisons même venir de
l’huile de friture usagée des restaurants de Chine. Elles
traversent la planète sur des bateaux-citernes, extrêmement
polluants, de manière totalement opaque.
Nous avons également enquêté sur les méthaniseurs qui fleurissent
un peu partout en France. Là aussi l’idée semble excellente :
arriver à produire de l’énergie en récupérant le méthane issu de la
bouse des vaches de nos élevages. Mais j’ai découvert les effets
pervers de cette industrie. Les résidus de la maturation sont
répandus comme engrais sur les champs, avec parfois des
conséquences dramatiques sur l’eau potable. Beaucoup de vaches
laitières ne sortent plus à l’air libre : elles restent toute leur
vie dans des hangars pour que les éleveurs puissent récolter la
totalité de leurs excréments, ce qui n’est pas possible dans une
prairie. Certains agriculteurs font aussi pousser des céréales
uniquement pour alimenter les méthaniseurs : on utilise donc une
partie de nos terres agricoles pour produire de l’énergie et non
pour nourrir les hommes, alors que le prix des matières premières
atteint des sommets.
Cela nous concerne tous : quand on fait le plein, que ce soit du
sans plomb ou du diesel, il y a forcément une part de biocarburant
dans notre essence. J’ai rencontré des combattants qui se
mobilisent partout en France. Ils réclament plus de régulation et
veulent que les méthaniseurs ne soient alimentés qu’avec des
déchets (et non plus des céréales spécialement cultivées ou des
denrées consommables).
Un espoir se profile : en 2025, tous les Français auront une
nouvelle poubelle chez eux, celle des déchets alimentaires, où l’on
mettra les restes de légumes, de viande, de poisson, de coquilles
d’œufs… Tout cela servira à produire du gaz en ayant un moindre
impact sur l’environnement.
Séquences fortes
Du colza arrive d’Australie par bateau en France pour être transformé en biodiesel
Nous avons identifié un vraquier amarré à Rouen (Normandie). Ses cales sont remplies de colza pour fabriquer du biocarburant en France. Il a fallu brûler près d’un million de litres de fioul lourd pour faire venir cette matière première de l’autre bout de la planète.
Exclusif : nous avons la preuve que du colza OGM est importé en France et qu’il se répand dans la nature
Il est interdit de faire pousser du colza OGM en France et il est autorisé d’en faire venir pour la production de biocarburants. Problème : des graines s’échappent des camions qui les transportent. Nous avons fait analyser quelques brins de colza trouvés en bord de route et découvert avec stupéfaction qu’il s’agit bien de colza OGM : ces plantes génétiquement modifiées sont donc disséminées dans l’environnement.
Le marché des huiles de cuisine usagées : la nouvelle ruée vers l’or
Il y a encore peu de temps, les restaurateurs payaient pour se débarrasser de leurs huiles de friture. Aujourd’hui, ils vendent leurs huiles sales car c’est devenu une matière première pour faire du biodiesel. Plongée dans ce nouveau business où certains en viennent à voler des bidons d’huile sale à la sortie des cuisines.
On importe des huiles de friture usagées de l’étranger
Nous avons pu filmer au large de Marseille des bateaux huiliers remplis d’huile usagée et de graisse animale. Nous importons ces matières premières pour les transformer en biodiésel.
Méthaniseur : on fait fermenter des denrées alimentaires pour en faire du biogaz
Un lanceur d’alerte nous révèle que dans le méthaniseur où il travaille, il reçoit des palettes entières de pizzas, de plats préparés, de bières et de conserves de sardines. Pour de simples questions d’erreurs d’étiquetage ou de changement de packaging, des denrées alimentaires parfaitement comestibles sont détruites pour faire… du biogaz !
Eau du robinet contaminée : les habitants mettent en cause un méthaniseur
Un jour de novembre 2021 à Rarécourt, petit village de 250 habitants dans la Meuse, les habitants ont été pris de coliques soudaines. Pendant un mois, les riverains ont dû consommer uniquement de l’eau en bouteille : l’eau du robinet était contaminée à la bactérie E. coli… Tous les regards se tournent vers la nouvelle usine de méthanisation à proximité.
La bande-annonce
Sur le front – Biocarburants, biogaz : le grand enfumage ? est à voir et revoir sur France 5 et france.tv.