Fabrice Deville (Un Si Grand Soleil) : « A l’aube de mes 50 ans, j’ai encore tout à faire » (Interview)

Fabrice Deville incarne le personnage de Florent Graçay dans la série quotidienne  Un Si Grand Soleil » qui rassemble chaque soir en moyenne 4 millions de téléspectateurs. Le comédien nous accordé volontiers un très long entretien dans lequel il nous confie son désir d’avoir des rôles plus conséquents. À l’aube de ses 50 ans, Fabrice Deville a encore tout à faire et à prouver.

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© Fabien Malot/ France TV

Vous avez une filmographie impressionnante. Vous avez débuté votre carrière à la télévision en 1995 dans un magazine éducatif « Les enfants de John » et vous avez enchaîné ensuite les rôles secondaires dans de nombreuses séries télévisées de  « Navarro »  en passant par « Femmes de loi », « Clem », « RIS » ou bien encore « Une famille formidable » et « Joséphine ange gardien ».  Vous avez également joué au cinéma . Quel regard posez-vous sur votre parcours ?

Je pose un regard bienveillant déjà, mais c’est vrai que j’ai commencé par le cinéma et ensuite j’ai enchaîné avec beaucoup de seconds rôles. À un moment peut-être, j’aurais voulu avoir plus de rôles conséquents où il y avait plus de choses à défendre et ce n’est pas encore vraiment venu. Et comme vous l’avez dit, j’ai bâti une carrière assez longue, impressionnante, pas si impressionnante que ça puisque c’est beaucoup de petits rôles qui m’ont permis d’apprendre mon métier et je dirais que tout est à faire maintenant.

J’ai eu de la chance. Depuis le début, je vis de mon métier. Je vois parfois certains copains qui ont eu des rôles importants, des rôles conséquents, quand je dis des « rôles conséquents » c’est le temps vraiment d’installer  un personnage, de faire vivre du début jusqu’à la fin du film. Moi, je n’ai fait que des touches épisodiques dans des téléfilms. Je n’ai jamais eu de rôles principaux. En revanche, comparé à certains de mes copains qui ont eu ces rôles importants, pour eux maintenant, c’est plus compliqué alors que moi je suis toujours là finalement. Donc je me dis que j’ai tout à faire même à l’aube de mes 50 ans.

Au cinéma, c’était une aventure incroyable de tourner avec Sophia Loren dans « Soleil » de Roger Hanin en 1995. Là, j’étais vraiment novice. Je découvre le métier, je joue comme que je parle. Je fais comme je peux et je ne m’en étais d’ailleurs pas trop mal sorti. C’était plutôt une aventure humaine avec Roger Hanin dont je garde un très bon souvenir.

Ma carrière aurait pu décoller avec ce film mais ça ne l’a pas fait. Ensuite,  il y a eu le film « La patte » de Claude Zidi en 2001 qui a été monté très vite et qui n’a bénéficié d’aucune promotion. Après je me suis retrouvé dans « Femmes de loi » et dans d’autres séries que j’ai beaucoup appréciées sans pouvoir me dire « Ah oui ! ».  

Mon parcours a été jalonné de rencontres avec des réalisateurs, des scènes que j’ai adorées tourner. Et c’est maintenant que j’ai des choses à défendre, et j’aimerais qu’on me confie des choses plus conséquentes.  

Vous jouez depuis 2019 dans la série quotidienne « Un Si Grand Soleil », vous incarnez Florent, le compagnon de Claire.. Avez-vous des traits communs avec votre personnage ?

Oui, j’ai des traits communs avec mon personnage. J’essaie de faire venir le personnage de Florent dans ma peau à moi, ce qui fait que Florent occupe une partie de Fabrice, mais il n’est pas Fabrice évidemment.

Je joue un avocat et J’aime bien la langue française. Florent est quelqu’un qui essaie d’être le plus droit possible, ce que Fabrice n’est pas forcément. Cela me fait du bien d’incarner un tel personnage. Florent est un peu moins drôle que Fabrice. J’aimerais bien justement avoir une bande de copains autour de moi pour rendre Florent un peu plus potache, avec une vie pas forcément toute droite . Florent me ramène une rigueur intellectuelle d’avocat, mais au contact de Johanna il va se passer mal de choses pour mon personnage. Mais oui, on met un peu de nous dans le personnage évidemment et quand c’est une quotidienne, ce n’est pas plus mal qu’il ne soit pas trop éloigné. Ça aurait été compliqué de jouer avec des hic ou une gestuelle particulière et de tenir sur du long terme.

Au mois de mai dernier, les téléspectateurs ont découvert d’autres facettes de Florent  avec l’arrivée à l’écran de son frère Jonathan, un frère qui lui en a fait voir de toutes les couleurs.. Cette intrigue était très forte . Elle a été marquée notamment par une scène terrible, celle où Jonathan a essayé de tuer Florent. Cette arche, vous a permis de jouer une autre palette d’émotions.  Où justement les avez-vous puisées ?

Oui et non. Il y a cette scène où je suis en train de dire à Coline Ramos-Pinto qui joue ma fille de fiction Kira : « Viens avec nous ». Il y avait une très grande sincérité dans cette scène.Elle était très dure parce que je lui ai dit :  » t’es peut-être pas ma fille, je ne suis peut-être pas ton père, mais je te considère comme ma fille ». Nous avons été dans une émotion très forte tous les deux. Il y a eu aussi une autre scène qui n’était focalisée que sur elle et où je suis allé dans les larmes pour l’aider pour que ça aille encore plus loin.

Florent, c’est ce que je suis moi pour le coup, quelqu’un qui a l’air très solide et en même temps, je suis quelqu’un d’assez fragile. Je suis quelqu’un d’hypersensible, je peux pleurer très facilement, je vois le malheur chez quelqu’un, le bonheur chez quelqu’un, ça peut me donner des émotions. Et là, j’ai simplement laissé mes émotions aller et venir comme elles l’entendaient et je n’étais pas en train de me dire   » eh tiens si c’était vraiment ma fille ». J’ai laissé Florent finalement prendre un maximum de chez Fabrice et c’est donc ce doux mélange de jeux, d’émotions qui a donné ces scènes-là.

Tout au long de cette arche, je n’étais pas en train de penser à la perte de quelqu’un ou d’imaginer des choses horribles pour être dans l’émotion à ce moment-là. J’ai simplement vécu la scène du plus profond de moi comme si c’était vraiment moi, comme si Coline était vraiment ma fille. Quand le personnage de Florent dit :  » mais voilà Kira tu viens avec moi…….. », j’ai lâché les vannes, je n’ai pas cherché à contrôler et ça s’est reproduit ensuite quand j’étais à l’hôpital quand Kira est venu voir Florent et qu’il craque avec Claire. Même au cimetière, les émotions sont montées.. Je n’étais pas en train d’imaginer mon père/ ma mère morte, même si j’ai perdu mon père quand j’étais petit. J’ai laissé les émotions venir et je les ai adaptées au personnage ou a la situation.

Est-ce que le jeu agaçant de Benjamin Garnier vous a permis de vous «  investir «  plus facilement dans cette arche ?

Ah ah, c’est une bonne question.  Il était très gentil. Nos personnages ne faisaient que de s’engueuler et avec la covid en plus, c’était compliqué de créer du lien et de se retrouver. On n’a pas pu dîner ensemble, et se voir véritablement.  Je dirais que ça m’a aidé, je n’avais pas forcément besoin d’aide, mais comme il avait cette façon de bouger ou de se déplacer qui aurait agacé naturellement Florent, je pense que dans la vraie vie je l’aurais giflé plus facilement. Je ne l’ai pas fait dans la série, mais dans la vraie vie, je l’aurais jeté. C’est vrai qu’il n’a pas laissé les spectateurs insensibles. Il y a eu de tout comme commentaire, mais je me garde bien de juger quoi que ce soit.

J’ai trouvé que c’était un bon partenaire qui m’a bien donné le change et cela m’a permis de bien jouer. C’est un très bon comédien qui a osé beaucoup de choses, qui a été loin, et qui a su imposer son style avec les divers réalisateurs. .À tort ou à raison, je n’en sais rien, car je ne sais pas ce que les audiences ont donné. Et je lui tire mon chapeau, car il a tenu ça du début à la fin.

« Un si grand soleil » raconte la vie quotidienne de personnages qui traversent les mêmes problèmes que ceux des téléspectateurs : soucis de santé, de travail, des crises conjugales mais elle aborde également des sujets de société comme « Le harcèlement de rue » avec l’affaire Lila Marquant ou bien encore le sort des femmes battues via le personnage de « Colette Genton ».  Avez-vous des retours justement de la part des fidèles de la série sur la manière dont sont abordés ces sujets ?

Non, mais le moment où je défends Colette est un peu nouveau et je n’ai pas encore eu de retours. J’ai eu des retours positifs parfois dans la rue à propos de mon fils de fiction Enzo et les gens me disaient que j’avais bien géré la situation quand il avait diffusé une vidéo intime de son ex-copine par exemple.

Votre personnage prend de plus en plus d’épaisseur. Dans quelques semaines, vous allez rejoindre le cabinet d’avocat de Johanna Lemeur.  Sans trop spoiler, vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Avec la personnalité de Johanna, son côté pitbull et très attaquant, nous devrions faire des miracles. Le personnage de Florent est plus posé qu’elle. Et donc à un moment donné dans la série, on se dit ; » on y va, on part à l’assaut du marché Montpelliérain et pourquoi pas international ». On va donc accepter et créer ce cabinet d’avocat tous les deux donc j’ai encore pas mal de temps à l’écran pour la mise en place justement du cabinet. On va engager un standardiste, une assistante juridique qui n’est autre que la sœur de la juge Alphand. Et même si au début, Florent aura des doutes sur son intégrité, ils seront vite balayés. Créer cette autre famille, c’est très chouette.

Justement, votre famille de fiction ne doit-elle pas déménager dans une autre maison prochainement ?

Je sais qu’il y a des envies des désirs, etc.. J’en ai entendu parler, mais on attend, on verra..

Seriez-vous prêt à jouer dans d’autres séries quotidiennes ?

Je ne suis pas fermé, chaque série se défend très bien. L’intelligence oblige de les diffuser à des moments qui permettent à tout le monde de voir de tout. Je trouve que toutes les autres séries sont tout à fait honorables.

Il y a un public pour tout, et on a un truc génial, c’est la télécommande qui permet de pouvoir zapper. Il y a un gars qui m’a envoyé un message assez long sur Instagram, en me disant  » quelle est longue cette série, elle est nulle, vous êtes tous des acteurs de deuxièmes zones » et je lui ai dit  » mais mec tu n’as qu’à zappé quoi ».

La série « Un si grand soleil » vous a-t-elle ouverte des portes?

Oui tout à fait. Je dirais que depuis que je fais « Un Si Grand Soleil », j’ai des rôles plus chargés. Pour la télévision, J’ai tourné récemment dans 3 unitaires : « Les Mystères de la chorale » avec Nicolas Marié et Maud Becker, « le prix de la trahison » avec Mimie Mathy qui va sortir bientôt et je suis ravi, vraiment ravi de ce film-là, et  « le crime lui va si bien » avec Claudia Tago et Hélène Seuzaret. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir, à tourner sous la direction de Stéphane Kappès et François Guérin.

Je ne demande pas plus de tournages, je demande des rôles qui soient plus chargés, qui ont un passé plus important, et c’est la chance que m’offre « Un si grand soleil». Maintenant, il y a le revers de la médaille. Nous sommes dans une série avec des rôles très présents et si une autre production nous veut, c’est toute une organisation à mettre en place. Et pour le moment je suis bien content. Je dirais même que je suis très bien servi par les médias qui me donnent une couverture médiatique, ce qui permet aussi de me faire connaître.

Sur le réseau social Instagram, vous n’hésitez pas à mettre en avant les petites mains d’« Un Si Grand Soleil ». On sent une grande bienveillance de la part des comédiens envers les équipes qui œuvrent dans l’ombre et vice et versa d’ailleurs.  Justement, quel regard posez-vous sur ce tout ce qui se passe en coulisses ?

Je vais vous donner un exemple très simple. Je suis à la cafétéria et il y a un gars qui me dit « toi tu fais quoi? » bah moi je fais le parquet, et puis-je me tourne vers un autre gars qui lui fait la peinture, et moi j’étais là en caleçon parce que j’allais tourner, donc il se marrait en me voyant ainsi. Je leur ai dit « vous vous rendez compte les gars que c’est grâce à vous que je suis là. « . C’est un travail d’équipe, et puis ce n’est pas parce qu’on est devant ou derrière, mais on forme une équipe et un travail d’équipe ça nécessite une communication, ça nécessite d’être bienveillant.

Allez-vous revenir dans « Les mystères de l’amour » ?

En fait, c’est compliqué de revenir dans la série « Les mystères de l’amour ». J’adore tourner là-bas. J’adore tourner avec ma copine Laure Guibert. Et si maintenant, Jean-Luc Azoulay me dit : « écoute reviens, il y a 3 scènes », et me demande « quels jours t’es dispo pour venir tourner ?» Je lui dis : « Écoute je peux, je reviens avec grand plaisir ». Et je remercie Jean-Luc qui a toujours été présent depuis le début de ma carrière en me permettant de pouvoir dans mes moments de vaches maigres de travailler, en m’encourageant, en étant toujours très gentil, bienveillant et ce n’étaient pas que des mots chez lui la bienveillance. Et Jean-Luc au-delà d’être un producteur, c’est quelqu’un que j’apprécie énormément.

À côté d’Un Si Grand Soleil, vous faites du coaching en entreprise depuis 13 ans via votre société « Moteur action ». Et vous mettez en scène les problématiques des collaborateurs par le biais du théâtre.Vous n’avez jamais songé à coacher de jeunes comédiens ?

Non.  Je peux coacher des comédiens sur la gestion de leur confiance en eux, ce n’est pas un souci, mais je ne serais pas capable de les coacher sur leur jeu. Je ne saurais pas quoi leur dire, je n’aurais pas forcément les bons mots. J’ai des copains qui sont très forts, ils savent très bien utiliser les bons mots et les bons fascicules.

Je serais en fait un très mauvais metteur en scène. Ce qui m’intéresse, c’est de faire du coaching pour les entreprises parce que cela va me permettre d’être dans un autre monde. Ce monde artistique, comédien, comédienne, n’est pas forcément le monde où je m’épanouis le plus. J’ai besoin de ce mélange-là de la vraie vie et de ce monde de paillettes. Un comédien qui pourrait avoir 3 jours de tournages en 3 mois, se comporte parfois comme s’il avait travaillé pendant 3 ans sur un film et ça me barbe un peu. Donc je retrouve de la vraie simplicité dans l’entreprise, ce qui me permet également d’aborder avec plus de légèreté certains acteurs de notre métier. 

Avez-vous envie de passer derrière la caméra ?

Oui, oui, j’ai vraiment envie de passer derrière la caméra, et je vais rester devant et derrière, avec un petit projet. Il s’agit d’un road movie où un ancien gendarme  se retrouve à partir sur les routes de France pour aller comprendre et appréhender un tueur en série qui est en train de sévir dans toute la France. Ce road movie va m’emmener dans beaucoup de régions  et à la rencontre même des journaux locaux, des rédactions, pour essayer de voir les journalistes. . Le gendarme a un peu perdu la mémoire, et donc il a besoin d’être filmé au cas où un souvenir lui reviendrait.
Je vais essayer de le faire au petit bonheur la chance comme je peux. Ce road movie serait donc filmé à la manière d’un reportage. Je veux cependant un truc qui soit quand même drôle. Je ne vais pas m’éloigner pour autant des plateaux. Je vais continuer à tourner dans « Un si grand soleil » , faire mon petit projet perso, continuer des formations et puis dire à tous les autres que je suis prêt à faire du cinéma et à endosser des rôles conséquents.

Qu’avez -vous fait durant ces semaines de confinement ?

J’ai beaucoup bossé professionnellement. J’ai notamment distillé mes formations en visioconférence donc je n’ai pas du tout perdu de mon temps. À côté, j’ai revu pas mal de séries, puis j’ai écrit un petit court-métrage qui s’appelle  » En confinement Paris 2025 » diffusé sur ma chaîne YouTube et que j’ai envoyé en Australie pour un festival. Ce sont mes enfants qui m’ont filmé en cinq jours, chez nous.

Vous serez le lundi 30 août prochain au festival Séries Mania à Lille en compagnie de Teïlo Azaïs, Aurore Delplace et Naïma Rodric.  Et de nombreux fidèles de la série attendent avec impatience cette rencontre. Et vous, justement, êtes-vous « fan » d’un artiste que vous aimeriez-vous un jour rencontrer ?

J’aurais adoré rencontrer Gérard Depardieu.

Êtes-vous toujours aussi surpris de voir autant de fidèles aux séances de dédicaces ?

Je ne sais pas quoi répondre. Si cela fait plaisir aux gens, c’est très bien. J’ai vu une petite fille qui m’a arrêté la semaine dernière avec son papa et sa petite sœur, alors que j’allais me laver les mains pour me dire  » bah on n’osait pas, on voudrait un autographe ». La petite avait son téléphone à la main, donc je lui ai fait une petite vidéo en même temps, on a fait des photos ensemble, pour qu’elle ait des souvenirs. Je me dis, c’est super les gens savent qu’on est quelque part et si ça les amuse de nous regarder jouer, ou de venir nous voir en séance de dédicaces, je trouve ça génial. Il n’y a pas de mal à se faire du bien.

Et pour finir, avez-vous un message à faire passer  ?

Avoir un peu plus de tolérance et ne pas tomber dans des jugements rapides aussi bien quand on voit une interview d’un comédien, quand on croise quelqu’un dans la rue alors qu’on ne lui a pas parlé, ou sur une attitude qu’on n’a pas forcément bien comprise. Plus de tolérance surtout aujourd’hui avec ceux qui veulent le vaccin ou pas et peut-être un petit peu plus de respect pour la pensée et les actions des uns et des autres.

Merci à Fabrice Deville et à la direction de la communication en charge des fictions de day-time et des fictions de France•tv Studio .